Anonyme, « Dernière lamentinoise », Le Commercial, 17 octobre 1849
Air : Du Dieu des bonnes gens
Assez longtemps, nous ka fait nous la guerre,
Et sans jamé trouver aucuns moyens
De tirer nous de l’affreuse misère,
Qui déjà tué combien de citoyens.
Ah ! si chacun, cependant, té bien sage
Et avant tout, té ton républicain,
Nous sré déjà, sans faire aucun tapage,
Allongé nous la main (bis)
Oui, mé zamis, depuis la République,
Si franchement nous té rapproché nous
Sans mêler nous d’opinion politique ;
Mais travailler au bonheur à nous tous.
Campagne à nous sré déjà bien fertile,
Tandis que non, nous ka jus manqué pain !
Gadé combien dans la rue sans asile
Qui ka tende main (bis)
Et zot, Gazet, assez de politique ;
Pays à nous kallé périr, hélas !
Si plus longtemps, zot continué réplique
Qui brouillé nous et dont nous déjà las.
Devoir à zot, cé précher la concorde,
Oubli de tout et l’amour du prochain ;
Zot pé pourtant fait cesser la discorde,
En donnant zot la main (bis)
Plus de passion, de haine et de chimères,
Faut plus parler de préjugé de peau.
La France vlé que z’enfants li soé frères,
Noir, Blanc et Rouge unis comme au drapeau.
Honte à céla qui vlé resté derrière !
Qui vlé croupir dans yon passé lointain ;
Faut nous marcher là, sous même banière
En tenant nous la main (bis)
Conservation :ANOM (BIB som pom/e/589) ; BNF (JO-3018). Disponible sur Gallica pour quelques numéros de 1870 et 1871.
Dans le journal paraissent des poèmes de circonstance, des paroles de chanson. C’est ici le cas : dans ce poème anonyme publié en deuxième page, la “lamentinoise” vient de la commune de Lamentin, en Guadeloupe, et le texte est républicain et humaniste – on est alors en 1849. La forme se veut locale, trace d’un texte adressé aux lecteurs premiers du journal.
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Laure Demougin (31 août 2021). Dernière lamentinoise (1849). L’empire de la presse. Consulté le 14 septembre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/o876